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Stéphane Séjourné : « Doublons le plan de relance européen d’un plan d’urgence »

INTERVIEW | Dans une tribune cosignée avec Danata Hübner (Pologne, PPE) et Brando Benifei (Italie, S&D) parue samedi sur le site du journal Le Monde, vous avez appelé l’Union européenne à se doter d’un plan d’urgence qui viendrait s’ajouter au plan de relance de 750 milliards d’euros. De quoi s’agit-il exactement ? 

J’ai bien conscience que tout cela n’est pas facile à comprendre. Reprenons les choses dans l’ordre : le 23 avril dernier, à la suite des premiers impacts socio-économiques liés à la Covid-19, le Conseil a déclenché une série de mesures d’urgence très significatives. Je pense par exemple à la suspension des règles européenne pour que les capitales puissent venir en aide à leurs économies sans se préoccuper des 3 % de déficit ou du règlement sur les aides d’État, à la mobilisation du budget de l’UE pour aider les TPE/PME, à la mise en place du mécanisme SURE de chômage partiel ou encore aux fonds alloués au titre de la politique de cohésion. Au total, ce sont 540 milliards d’euros qui ont été mobilisés. 

Nous avions salué à l’époque ces mesures d’urgence très fortes, historiques même, et leur déclenchement très rapide. Mais pour nous, cela ne suffisait pas : nous appelions alors à la mise en œuvre d’un plan de relance pour anticiper la place de l’Europe dans le fameux « monde d’après ». Ce plan de relance, c’est celui sur lequel se sont accordés les vingt-sept en juillet dernier à l’issue d’un Sommet européen exceptionnel. Sont désormais acquis 750 milliards d’euros, garantis par un endettement commun, et nous ne les remettons pas en cause. 

Que proposez-vous alors ? 

Si ce plan de relance prépare l’après avec des investissements massifs pour la transition écologique et le numérique, nous demandons de renforcer le présent, c’est-à-dire la gestion de l’urgence. Et cette nouvelle exigence s’explique par le fait que la deuxième vague frappe très durement notre continent, sur le plan sanitaire bien sûr, mais aussi économique et social. Nous devons agir.  

Ce que nous proposons, c’est de considérablement renforcer les mesures d’urgence du 23 avril. Trois mesures nous semblent activables rapidement : tripler le budget alloué au mécanisme SURE en le faisant passer de 100 à 300 milliards d’euros, doubler le fonds de garantie créé par la Banque européenne d’investissement pour aider les PME, mobiliser l’entièreté des 410 milliards d’euros du Mécanisme européen de stabilité. Nous proposons ainsi un triple filet de sécurité pour les citoyens, les entreprises et les États.

Mais comment finance-t-on tout cela ? 

Le Mécanisme européen de stabilité a la capacité financière pour cela depuis la crise de 2008. Concernant la Banque européenne d’investissement, il ne faut renforcer son capital « que » d’une vingtaine de milliards d’euros. Et pour SURE, la Commission emprunte mais elle le fait à taux négatifs. Ce n’est donc pas un réel sujet d’inquiétude car on a vu depuis le début de la pandémie que les investisseurs étaient prêts à donner énormément. Nous pouvons raisonnablement mobiliser 500 milliards pour l’urgence à moindre coût pour l’Europe et la France. 

L’Europe peut-elle aller plus loin dans sa réponse ? 

Oui. Nous ne l’avons pas écrit dans cette tribune mais je pense que nous devrons peut-être réfléchir à un second plan de relance. Face à cette crise exceptionnelle, équivalente pour nos économies à un conflit armé majeur, nous devons muscler la réponse européenne. Nous pouvons sérieusement y réfléchir parce que l’Europe a mis en place un élément crucial avec son premier plan de relance : sa capacité à s’endetter en commun, c’est-à-dire à créer une véritable solidarité budgétaire entre ses États membres pour qu’aucun ne se retrouve écrasé par le poids de sa dette.  

Par ailleurs, c’est passé relativement inaperçu mais le Parlement, la Commission et les États membres ont trouvé la semaine dernière un accord sur le budget 2021-2027 de l’UE qui prévoit la création de ressources propres. Elles permettront de faire porter le remboursement de l’emprunt du plan de relance par les multinationales qui ne payent pas leur juste part d’impôts et par les entreprises chinoises polluantes qui souhaitent entrer sur le marché européen. 


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